P. Rosanvallon expliquait il y a quelques jours dans Médiapart ce que devenait le sarkozysme aujourd’hui: “Et ce que l’on découvre est que le sarkozysme n’est plus une doctrine, n’est plus une politique : il est une tentative permanente d’adaptation opportuniste aux réalités. Il n’y a plus «un» sarkozysme. Cela a été une équation positive pour fédérer les droites et gagner l’élection présidentielle de 2007. Mais aujourd’hui il faut parler de plusieurs sarkozysmes qui n’ont cessé  d’évoluer : un sarkozysme national-colbertiste ; un sarkozysme sécuritaire ; un sarkozysme libéral.” Après l’épisode sur l’unanimité européenne imaginaire vantée par le Président sur les Roms, construite sur un ensemble de contre-vérités, voici maintenant le retour du bouclier fiscal allemand.

Depuis sa mise en place il y a deux ans et demi, le gouvernement n’a cessé de justifier ce bouclier par la soit-disante efficacité allemande. Le 12 juillet dernier, N. Sarkozy continuait d’ affirmer que Le bouclier fiscal, ce n’est pas une idée que j’ai eu comme ça un matin en me levant. Notre principal concurrent, client et voisin c’est l’Allemagne. Moi j’admire le modèle économique allemand. Le bouclier existe depuis plus de vingt ans en Allemagne. Je vais donc faire la même chose en France “. Quelques semaines plus tôt, C. Estrosi expliquait que “la vérité est qu’on se met au niveau de l’Allemagne qui a même inscrit dans sa Constitution ce bouclier fiscal”

Le problème étant que le fameux bouclier fiscal n’existe pas, puisque si en 1995, le tribunal de Karlsruhe (équivalent de notre Conseil constitutionnel) avait bien jugé qu’un contribuable devait verser au maximum 50% de ses revenus au fisc, le 18 janvier 2006, ce même tribunal cassait cette même décision. Les responsables français le savaient parfaitement mais le besoin de justifier et maintenir un dispositif purement idéologique, extrêmement impopulaire et inefficace socialement passait avant tout.

Cela passait avant tout, jusqu’à cette semaine. Les responsables UMP, interrogés sur cet état de fait, ont tour à tour argumenté sur la possible suppression dudit bouclier en invoquant… l’Allemagne! Et d’expliquer que la France devait impérativement s’aligner sur la politique fiscale de nos voisins d’Outre-Rhin qui n’ont pas de tel dispositif. Ainsi Christine Lagarde a-t-elle expliqué qu’ «Il faut regarder ce que font d’intelligent nos voisins. Le président de la République nous a demandé de travailler sur un projet. Le principe, c’est la convergence fiscale avec les Allemands». J.F. Copé a également fourni son petit couplet “Je préconise inlassablement un alignement de la politique économique française sur la politique économique allemande».

Voilà, aujourd’hui pour le gouvernement, le bouclier fiscal français, dispositif emblématique de la 1ère moitié du quinquennat, n’aurait donc plus lieu d’être puisqu’il n’existe pas en Allemagne… Plus qu’un défaut de communication, cette adaptation au jour le jour traduit un manque total de maîtrise et de vision stratégique sur un dossier crucial s’il en est: la fiscalité. Ce qui ne laisse rien présager de bon pour la suite.


 
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